Dimanche 31 mai 2009 7 31 /05 /Mai /2009 23:16

Vous n'êtes pas sans savoir que nos chères têtes pensantes (think tanks…) ont eu l'idée de pondre le "GIGN scolaire". Génial. Bon, si vous ne savez rien là-dessus, trop occupé à vous préparer pour le théâtre qu'est la vie, je vous fait le topos : Darcos, ayant peur des quelques 1600 agressions par armes dans les établissements scolaires (source du recensement : Ministère de l'Éducation et RG, comme par hasard. 1600 agressions par an sur les 5,54 millions de collégiens et lycéens, cela donne 0,03 %… Dérisoire, non ?), veut installer des détecteurs de métaux, que les chefs d'établissement puissent être officier de police judiciaire (car seuls les OPJ peuvent fouiller des personnes, et encore… s'il y a ordre du juge d'instruction, flagrant délit ou qu'il y a soupçon : un jeune peut ainsi être fouillé pour être suspecté de transporté du shit, sans qu'il n'ait rien fait… c'est beau la justice française, non ? Cet état de fait avait été dénoncé par le Commissaire aux Droits de l'Homme Européen, mais la France n'a toujours rien fait) ou que soit constitué un corps de police qui soit habilité à agir en milieu scolaire (car, encore une fois, jusqu'à présent, la police ne peut entrer dans un établissement scolaire que sur autorisation du chef d'établissement).
Est-ce étrange ou j'ai l'impression de voir sous mes yeux ce que Chomsky disait, que l'éducation n'est qu'un jouet de la ségrégation ?
Je m'explique.
Ce "GIGN scolaire" ou toute autre mesure va être appliquée au départ pour la "violence en milieu scolaire" (nous venons de voir que c'est ridicule, cette violence n'étant qu'une goutte d'eau que je trouve personnellement justifiable. J'y reviendrai.). Puis, nous verrons qu'elle s'élargira vers les drogues. Mais pas n'importe quelles drogues, les drogues qui peuvent être reniflées par des chiens. Or, sauf erreur de ma part et de mes sources, ces drogues sont principalement le cannabis et ses dérivés. Une drogue de pauvre (quand on pense qu'un gramme de cocaïne vaut aux alentours de 80€ alors que pour le même prix vous avez facilement 12 à 20 grammes de très bon shit non coupé…). Premier point.
Ce "GIGN scolaire" n'agira que dans un certain milieu social, c'est à dire l'éducation publique. Il sera hors de question, vous verrez, d'agir dans les collèges et lycées privés, pour des raisons évidentes. Tous les grands hommes, que ce soit les hommes politiques (dont les différents Ministres de l'Éducation, qui nous disent par devant que l'éducation publique est formidable, et qui par derrière mettent leurs gosses dans des établissements privés), les riches patrons qui font bien pression sur le gouvernement ou divers intellectuels acquis à ce système ont des gosses dans le privé. Donc, seuls les plus pauvres (ceux qui ne peuvent s'offrir l'accès à des écoles privées) seront pénalisés par ces mesures. Second point.
Enfin, là où ces mesures seront le plus appliquées, ce sera dans les ZEP (Zone d'Éducation Prioritaire), là où les élèves sont les plus violents. Pourquoi le sont-ils dans les ZEP ? Il y a beaucoup d'études et d'analyses sur le sujet, voici la mienne. La mise en place des ZEP était là pour augmenter le niveau, faire face aux difficultés des élèves pour les sortir des ghettos que sont les ZUP (Zones à Urbaniser en Priorité) et autres banlieues. En clair, en faire des "ascenseurs sociaux". Seulement, cela n'a pas marché (une étude de l'Insee le prouve, l'échec scolaire reste, on n'ira pas se demander pourquoi tant la politique du gouvernement est claire). S'ensuit donc une frustration des jeunes de ces quartiers de se voir en échec malgré leurs efforts, et de voir leurs grands frères et grandes soeurs, voire leurs parents, au chômage malgré leur réussite (un bac en poche par exemple, voire plus). Comment se transforme cette frustration ? Tout simplement en colère. Il y a les émeutes (en partie pour cette raison) et une incroyable colère contre le système éducatif qui les piège. Donc, ces jeunes vont se montrer agressifs envers leurs professeurs qui incarnent ce système qui les piège. Voilà le problème : les jeunes des ZEP ont de plus en plus tôt conscience de la véritable nature de leur éducation. Il faut aussi ajouter que ces milieux sont souvent pauvres, le trafic de drogue leur permettant de se faire un revenu que le manque d'emploi ne leur offre pas. Les ZUP sont de gros centres de deal, que ce soit de drogues ou d'armes. Il ne sera donc pas étonnant de voir émerger une forte répression dans ces établissements scolaires à cause de ces deux facteurs : armes et drogues. Troisième point.
Ces trois points, répression dans les ZEP, agissement uniquement dans l'éducation publique et élargissement des mesures vers les drogues, ne visent qu'un seul but : la ségrégation sociale. Les pauvres d'un côté, les riches de l'autre. Les noirs/beurres d'un côté, les beaux blancs de l'autre. C'est un formidable outil de répression qui se met en place pour mieux créer une élite blanche issue de milieux aisés (pourquoi créer cette élite, à votre avis ? Simplement pour qu'elle soit facilement docile : un ingénieur gagnant 14 000€ par mois et issu d'une famille de droite/chrétienne/pour le système politique actuel et dont l'éducation lui aura enlevé toute idée autre que celle que préconise l'élite ou, dans le cas improbable où il en aurait eu quand même, l'aura rejeté, aura beaucoup moins tendance à se rebeller).
Ce n'est donc qu'une accentuation de la situation que nous vivons actuellement.

Il faut savoir qu'avant d'en arriver à des mesures policières, l'Éducation Nationale est passé par plusieurs moyens pour arriver à ce but de création d'une élite blanche (je dis blanche non pas pour la couleur de peau, même si elle est dominante, les noirs pouvant être tout aussi cons que les blancs, mais plus pour donner l'idée du blanc royal d'avant la révolution française, le système aristocratique ou oligarchique s'étant perpétué à travers la bourgeoisie puis les grands patrons pour arriver jusqu'à nous sans trop de modifications). Regardez par exemple les chiffres d'entrées dans les grandes écoles. Je vous recopie un tableau tiré du livre La destruction du savoir en temps de paix des éditions Mille et une nuit (très bonnes éditions, n'est-ce pas ?).

Établissement/ Années

1951-1955

1973-1977

1989-1993

2000

Polytechnique

21 %

12,2%

7,8%

0,8%

ENA

18,3%

15,4%

6,1%

-

École Nationale Supérieure

23,9%

16,4%

8,1%

1,8%

HEC

38,2%

Non Déterminé

11,8%

-

% des élèves d'origines ouvrières dans les grandes écoles


Je pense que ce tableau résume à lui seul ce qui se passe depuis 50 ans dans l'Éducation Nationale. Les soixante-huitards réclamaient une plus grande égalité dans l'éducation, alors qu'ils avaient la chance d'avoir au moins 20% d'élèves issus de milieux modestes dans les grandes écoles ! Il n'y a pas de précision dans le livre, mais je suppose que le trait dans les cellules de 2000 signifie qu'il n'y a aucun élève. En 1987, un fils d'ouvrier avait 42,24% de chances d'accéder à une classe de maths sup, un bourgeois en ayant 42,25%. En 2001, le triste constat : le fils d'ouvrier a maintenant 29,8% tandis que le bourgeois en a 45,9%. Voilà où nous allons. A qui la faute ? Je ne pense pas que les grandes écoles ferment leurs portes, le niveau d'entrée est sans doute resté le même, voire a baissé. Ce qu'il s'est passé, c'est que le niveau d'éducation dispensé dans l'éducation publique a baissé. Les IUFM sont en train de fermer. On explique aux stagiaires que le "redoublement coûte 6000€ à l'État, on ne peut se le permettre". D'ailleurs, aux meilleurs des stagiaires, ceux qui croient encore à l'apport de connaissances, on leur conseille de prendre la porte. Et, pour preuve que le niveau d'éducation a baissé, je vous donne simplement un seul chiffre (j'en ai une flopée du même genre) : en 1960, en CM2, il y avait 10 à 12h de français par semaine. Maintenant, il n'y en a que 4h30 à 5h, mais on continue d'en compter 13 parce que "les élèves écrivent des énoncés en maths et en histoire".
Je n'irais pas plus loin ce soir.

Vous pouvez lire La destruction du savoir en temps de paix. Il explique très bien que cette baisse de l'éducation est imposée dans des hautes sphères, au sommet desquelles ont trouve l'OCDE. Pour donner une idée de ce qui se trame, l'OCDE a écrit dans le Cahier de politique économique n°13 (1996, ces Cahiers sont une mine de renseignement sur les politiques actuelles, qu'elles soient françaises ou européennes) que "si l'on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d'élèves ou d'étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d'inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l'enseignement. Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu'on évite un mécontentement général de la population".

A bon entendeur…

Par William Engels
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... [populus Romanus] qui dabat olim
imperium, fasces, legiones, omnia, nunc se
continet atque duas tantum res anxius optat,
PANEM ET CIRCENSES.

... [le peuple romain] qui distribuait autrefois
pleins pouvoirs, faisceaux, légions, tout, maintenant
se replie sur lui-même et ne s’inquiète plus que pour les deux choses qu’il souhaite :
DU PAIN ET DES JEUX.

 (Juvénal, Satires, 10, 78-81)

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